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Différences n°313

Avril, mai, juin 2020

dimanche 5 avril 2020, par François

ÉDITORIAL

UN IMMENSE BESOIN DE SOLIDARITÉ

La crise sanitaire actuelle interpelle tous les acteurs de notre société. Dans son domaine, celui du combat contre le racisme et les discriminations, celui de la promotion de l’amitié entre les peuples, des droits humains et de la démocratie, le MRAP prend position. Les victimes du racisme, des discriminations, les exilés, les précaires sont, dans cette crise sanitaire, parmi les plus vulnérables.

Des enfants, des femmes, des hommes en cours de migration vivent dans des conditions extrêmement difficiles, dans des lieux où les mesures de confinement imposées au reste de la population n’ont aucun sens. Tous les précaires, les sans-papiers, les sans-abris sont contraints à la promiscuité.

Le MRAP demande que l’État prenne les mesures nécessaires à une protection égale pour ces personnes vulnérables. S’imposent d’urgence la fin des rétentions administratives, l’accueil des sansabris dans des hébergements adaptés, le déblocage des impasses administratives. La situation est encore plus dramatique au niveau international : les îles grecques sont des bombes sanitaires, comme toutes les concentrations de réfugiés dans le monde.

Cette protection pour les plus précaires est indispensable pour construire une société solidaire et fraternelle. La solidarité n’est ni un vain mot, ni seulement un impératif moral, c’est un principe essentiel à la vie même de l’humanité, impliquée par sa profonde unité. Il n’y a pas de santé publique si certaines personnes en sont exclues, quel que soit leur statut social ou administratif. Seule une protection universelle peut protéger la société et tous ses membres. Elle est à défendre en France et à conquérir dans de nombreux pays.

Cette crise a aussi révélé la persistance de vieux préjugés et de replis individuels qui se manifestent au fil des peurs et des fantasmes. Nous avons dû dénoncer le réveil de manifestations racistes sur le « péril jaune » et le « virus chinois ». Cette bêtise a fait long feu.

Mais une autre persiste : l’appel à la fermeture des frontières. Face à une épidémie, limiter la circulation des personnes peut avoir un sens, mais les frontières territoriales ne sont pas nécessairement pertinentes pour un isolement sanitaire. Ces fermetures nationales peuvent même se révéler contre-productives, lorsqu’elles entravent la circulation des hommes et des produits utiles à une gestion collective de la crise. A l’intérieur de l’Europe, ce repli national engendre des désordres plus dangereux que protecteurs.

Si certaines restrictions aux libertés publiques peuvent être acceptées, elles doivent aussi impérativement être fondées par leur utilité et clairement limitées dans le temps, dans le strict respect de l’État de droit.

Face à une pandémie, des politiques nationales chaotiques n’aident pas à construire une résistance efficace. Des stratégies cohérentes, des échanges de moyens et de compétences, des recherches médicales urgentes sont indispensables. Cette politique internationale coordonnée, imparfaitement préfigurée par l’OMS, fait cruellement défaut.

Ce que prône le MRAP dans d’autres domaines est encore plus vrai pour celui de la santé : l’humanité a besoin de politiques collectives solidaires pour aborder les grandes questions qui se posent à elle.

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